GÉRALD À ALGER, 19-24 SEPTEMBRE 2006

"J'AI PRIS MES CLICS ET MES CLACS"
(CHTITHA BALLADE)

"On ne reconnait pas tout du premier coup, comme il arrive avec les amis de ce temps.
Nous sommes tous de vieilles maisons qui se délabrent."


JEAN BRUA, 06 octobre 2006.

   Jeudi 21 septembre

   Aujourd'hui, tout le groupe ou presque est parti en excursion, à Tipasa (c'est là qu'ils posent en groupe pour la photo-souvenir), au tombeau de la Chrétienne, à Cherchell… Moi, je vais continuer à hanter ma ville…

   Pour 9 heures à l'hôtel, j'ai commandé une voiture. Car Dahmane, grand et beau brun avec moustache régulière, sourire charmant, et sereine gentillesse (il va beaucoup m'attendre dans sa voiture pendant mes recherches), c'est plus et mieux qu'un taxi. Direction El-Biar. Comme je vous l'ai dit, oui, ce matin je vais retrouver 2 des 3 petites maisons toutes en rez-de-chaussée, de la rue Bizot. C'est une voie en pente raide, entre chemin Vidal et chemin Bucknall. Ces deux noms sont ceux du maire et de l'architecte dont la connivence donna à El-Biar la classieuse physionomie qu'on lui connut, et ses plus belles demeures.

  


Chez tata nounou, rue Bizot, 1947, Gérald dans les bras de sa mère.

   Les demeures que mon arrière grand-père, Cristobal Llabrès, de son état maraîcher tendance mahonnaise, construisit de ses mains pour chacune de ses 3 filles, étaient, elles, bien modestes. Je dois dire qu'en ces temps de flambée des prix de l'immobilier, je ne m'attendais pas à en retrouver la moindre trace. Eh bien, si, deux sont encore là ! Je peux rentrer dans l'une d'elles, celle de ma grand-mère, au n°18. Le propriétaire, charmant, est un copain du voisin qui me guide, on trouve toujours des gens de bonne volonté qui se proposent spontanément, et se mettent en quatre pour vous aider dans vos recherches). Je peux photographier les façades (les intérieurs de maintenant sont carrément rupins alors que, chez ma chère vieille tata nounou, c'était monacal, elle serait surprise). Le grillage rouillé, et la grille du portail qui grinçait, la clochette et son timide tintement dans le silence de la campagne, par lequel nous appelions la petite silhouette en noir qui apparaîtrait bientôt, tout cela a disparu, remplacé par un haut mur et un portail opaque et blindé. La végétation, abondante, empêche de distinguer grand'chose. Suffisamment quand même pour m'apercevoir que la maison en rez-de-chaussée de tata Nounou a été surélevée d'un étage. La sonnette est électrique, elle ne s'entend pas de l'extérieur. La vieille clochette, on se disputait avec mon frère pour en tirer la chaînette, elle ne sonnera plus que dans ma tête, et personne, sinon mon frère et moi, ne pourra plus l'entendre… Jamais. Je m'ébroue de cette tristesse qui s'insinue.


C'est cette rude pente de la rue Bizot que grimpaient chaque jour ma mère et ses soeurs pour se rendre à l'école de la Sainte-Famille, dans le centre d'El-Biar.

Elle était surtout rude à l'aînée, ma marraine, durement handicapée toute jeune par la polyo.

C'est devant le second portail à gauche en montant, que ma grand-mère, avec ma mère dans ses bras, et ses deux autres petites filles dirent au-revoir à mon grand-père, venu en permission exceptionnelle pour la naissance de la petite dernière.
C'est ici qu'ils le virent pour la dernière fois, disparaissant vers le haut de la côte.

Le Zouave Raphaël Pons sera tué à Verdun, au combat de Vaux-Chapitre, quelques mois plus tard, le 5 août 1916.

À gauche sur la photo, Kader, le voisin prévenant et malicieux à qui je dois d'avoir retrouvé cet endroit sans trop de difficulté.

Ci-dessous à droite, Raphaël Pons, quelque part au repos avec son régiment, en 1916, avant de remonter à Verdun.


  

   Notre hôte a apporté le contrat de vente de la maison, il me permet d'en photographier une page et la couverture. CLIC-CLAC CLIC-CLAC. À ce propos, méfions-nous comme de la peste d'une chose. Un bruit court comme quoi les pieds-noirs, même déjà indemnisés, pourraient faire valoir leurs droits sur leurs anciens biens. Et les récupérer. Si nous voulons continuer à être sympathiques à nos hôtes et à être bien reçus, on comprendra qu'il faut tout de suite couper court à cette rumeur. Lui tordre le cou, illico. Sans quoi, on s'expose à des déboires… On n'est pas des Allemands, et l'Algérie c'est pas les Sudètes.

   La propriété du Prince d'Annam (voir l'écran qu'Esmma a consacré à son mariage), qui était un voisin de ma grand-mère quand c'était ici une campagne radieuse, n'est pas approchable, elle serait devenue résidence pour les hôtes de marque étrangers du gouvernement algérien. Pour me consoler, Dahmane prend l'initiative de me conduire au balcon Saint-Raphaël

   Je ne voulais pas "faire le touriste", trop de choses à faire… mais comme il a eu raison. Non, je n'y étais jamais allé… Splendeur de notre ville vue de là-haut… Allez, je vous en mets une petite carte postale, sinon, vous allez être frustrés… Il y avait de la brume, on voit moins loin, mais c'est bien aussi. Oui, appuyé à la balustrade, c'est Dahmane.

   Au retour, descente par le chemin Laperlier, étroit et tout en lacets où les voitures se cornent à l'aveuglette comme sur une route de montagne, Dahmane me dépose vers 12 heures (à peu près, je n'ai pas de montre) au Telemly, en haut du Parc de Galland.



   Devant la grille de l'entrée du haut, une jolie fliquette fait la circulation, elle laisse traverser d'instant en instant des groupes d'enfants qui sortent du parc… C'est la sortie de l'école, je prends les photos des stèles antiques, avec tous ces minois pour faire revivre ces pierres…

   Traversée du Parc, j'essaie de retrouver les endroits où furent prises les photos récemment envoyées par Jacqueline notre Romaine (CLIC-CLAC) mais pas beaucoup et pas comme je voudrais, des dizaines de paires d'amoureux garnissent les coins et recoins du parc, toujours chastes et comme il faut, mais quand même, je vais pas leur demander de se pousser, ni même les déranger sur leur petit nuage par une demande d'autorisation.




Cette cage, désertée, se situe un peu plus bas que celles des perroquets et des singes.
Était-ce bien là la cage des gazelles ?





Pierre et Gérald Dupeyrot, avec derrière eux, les mêmes immeubles,
50 ans auparavant…


   Et me voilà rue Michelet-Didouche, là où se trouvait la petite chapelle écossaise. J'ai les pieds à l'emplacement exact où se dressait l'édifice, je traverse l'espace de son volume, comme on passerait à travers le corps impalpable d'un fantôme… Ceux qui ne souhaitent pas revenir, c'est que peut-être ils ne soupçonnent pas que l'on peut ici vivre dans deux temps à la fois… Je prends à droite, au hasard, la rue Francis Garnier, parce que de loin j'ai vu une enseigne mentionnant "Asiatique". Mais le restau ne sert plus rien de chinois. Plus bas, dans cette rue que je n'avais, je crois, jamais empruntée auparavant, malgré sa proximité de nos habituels trajets, je découvre de bien belles maisons anciennes, avec pour certaines des jardins touffus. CLIC-CLAC, CLIC-CLAC, ET re CLIC-CLAC.



   Je continue… Je me perds dans des ruelles au-dessus de l'hôpital… Je ne sors pas le plan exprès, il est agréable, pendant quelques instants d'être largué dans une ville que j'avais la prétention de connaître trop bien… des moments d'égarement qui ne durent pas bien longtemps : il suffit de continuer à marcher un peu pour se retrouver en terrain connu.

   À gauche, des maisons tombant en ruine, mais habitées, ont la beauté du chaos. J'arrive à une placette animée où se tient un marché (c'est la place Marie et Pierre Curie, au carrefour Pr Vincent-Bd Beaupretre-Denfert-Rochereau-). Ici (à droite sur la photo ci-dessous, presque dans mon dos) s'ouvre une des entrées de l'hôpital Mustapha, j'entre.


Non, il n'y a pas, au beau milieu de la placette, une voiture coupée en deux !
Ce panoramique a été obtenu par la juxtaposition de deux photos.
Du coup, le raccord il est pas raccord partout, sauf pour l'arbre,
que lui il a pas bougé entre les deux photos.
À droite, c'est la fin de la rue Denfert-Rochereau.


Ce plan vous aidera à suivre mon itinéraire.
En 1, c'est la placette que je viens de prendre en photo.
Ensuite, je rentre dans l'hosto, je prends la chapelle en photo.
Plus bas en 2, je ferai un panoramique des pavillons,
et enfin je descendrai l'avenue Battandier avec à gauche, en 3, le pavillon "Arts Déco".
Prêts ? Allons-y…


   Donc, je rentre dans l'enceinte de l'hôpital… Je prends tout de suite à gauche… Je passe devant la morgue… Puis, juste après, devant la chapelle, devenue mosquée (c'est ce qu'indique la plaque sous le porche)…

   Difficile de ne pas penser à nouveau à ceux de nos concitoyens, de nos amis, de nos parents, dont ce fut ici l'avant dernière halte. Et pas seulement durant les derniers mois de folie qui précédèrent nos départs. En particulier un funeste 26 mars 1962. Je continue dans les allées, à travers la succession des petits pavillons qui firent de Mustapha un exemple à suivre, quand ailleurs se construisaient des hôpitaux gratte-ciels, nids à maladies nosocomiales. Jean-Louis nous en parlerait tellement bien, de tout ce que mes yeux découvrent. Comment ne pas penser à lui dans cette visite; il me manque, littéralement… Ces allées, ces pavillons, ce soleil ici, ne me disent rien… Jean-Louis, en quelques mots, serait capable de faire re-vivre ce décor dans un autre temps, le nôtre, autrement que dans ce quotidien de 2006 qui s'agite sous mes yeux, plutôt sympathique et si vivant, mais qui, à ma relative déception, ne m'atteint pas beaucoup parfois.

   Je ressors de Mustapha du côté du Champ-de-Manoeuvres, en descendant par l'avenue Battandier. Non, elle n'est plus, je crois, bordée des Sapindus chers à notre cher Henri Garcia (quoique… mes connaissances en botanique sont très limitées. Jugez vous-mêmes d'après la photo ci-dessous).



Un beau pavillon de style "Arts Déco", dans l'enceinte de l'hôpital
(c'est le n° 3 sur le plan de mon itinéraire),
avant de ressortir de Mustapha côté rue Sadi-Carnot.



L'avenue Battandier, vue depuis la rue Sadi-Carnot.

   Me voici au Champ de Manoeuvres. Je fais ici beaucoup de photos, et aussi, tout un panoramique (cliquer ICI pour y accéder). En particulier je fixe ce qui subsiste encore de "notre" époque, car je subodore que ce n'est plus là pour encore très longtemps. Puis ma boussole personnelle m'oriente en direction de la Rue de Lyon. Toujours en pensant à Henri, je photographie sa maison, et son entrée…


On applaudit bien fort le vandale
(oui, de la vague d'envahisseurs qui a sévi par ici vers l'an 435,
il semble qu'il reste quelques specimen dans la population)
qui a percé (OUPS !) le mur (de l'intérieur, espérons nous)
pour faire dégorger un paquet de câbles. Pile dans le chapiteau. Bravo l'artiste !
Quant à la peinture, c'est la fameuse bichromie appliquée à tout Alger…
Henri aurait-il apprécié cette nouvelle version de l'Ange Bleu ?

   En face, c'est l'immeuble du n°1, alors CLIC-CLAC pour Jacques et Claude. Il y plusieurs choses à Alger qui causent du souci quand on veut prendre une photo. D'abord c'est le flot incessant des voitures, alors il faut essayer de prendre son cliché entre 2 voitures en mouvement. C'est déjà pas évident. Mais l'affaire se complique du fait du flot incessant des piétons. Quand les unes s'arrêtent, les autres s'ébranlent. En général, c'est même les deux à la fois (la discipline est relative). Et pour couronner le tout, il faut compter avec les piétons ventouses (oui, comme il y a des voitures-ventouses), les fameux "hittistes" (jeunes désoeuvrés souteneurs de murs), dont on a déjà beaucoup parlé. Mais il n'y a pas que les hittistes. Ainsi j'ai à plusieurs reprises essayé de photographier le cinéma Donyazad, mais une enfilade de sympathiques vieillards assis en rang d'oignons devant la devanture, discutant selon les moments de la journée, au soleil puis à l'ombre (un même vieux pouvant apprécier les deux types d'exposition), m'en a dissuadé. Non pas qu'ils auraient refusé de se déranger ou de figurer sur la photo, mais quand la journée avance et qu'on a déjà beaucoup donné en palabres en tous genres, on hésite à passer encore une heure de son temps juste pour un CLIC-CLAC.



Le n°1 de la rue de Lyon, où habitèrent nos amis Claude et Jacques, vu depuis le tout début de la rue,
et vu d'un peu plus loin en se retournant. On voit à droite le départ dela rue Louis Kling
(un nom formidable, qui était-il ? Était-il le roi du tiroir-caisse ? Un grand maladroit ?
Un célèbre joueur de triangle à l'orchestre de Radio-Alger ?
Ou bien était-il un fervent adepte du "tchin-tchin" à la kémia ?).

   Je pousse jusqu'au Foyer Civique (CLIC-CLAC CLIC-CLAC), mais Yves Jalabert en a déjà fait de fort belles photos, j'ai préféré en mettre quelques-unes de lui, plus réussie que les miennes...

   En pensant à notre Jeanjean (de Belcourt), j'ai un instant la tentation de pousser jusqu'à la rue de l'Union, aller aussi rue de Toul où habita ma grand-mère paternelle, et aussi bd Auguste Comte, où mon père, orphelin à 10 ans, fut recueilli par sa soeur Claire, et le bistrot qu'il m'avait tellement décrit, le Bar d'Anjou, juste en bas, à l'angle de la rue de Lorraine, où était le siège del'AGSS, les Jeunesses Sportives Socialistes, et où Monsieur Caron et Monsieur Nedelek, l'entraîneur, l'avaient poussé à faire du foot… et que je n'ai jamais vu. Et puis j'ai un gros coup de blues et de fatigue conjugués, tout ça a dû disparaître, j'ai envie de rentrer… Je me dis que ce sera pour un autre jour… J'aurais dû me souvenir de l'adage qui veut qu'on ne remette jamais au lendemain…

 

   Je traverse au pied du Foyer Civique, être au pied des colonnes est très impressionnant, c'est la première fois, c'est tout simplement beau. Avec mon p'tit appareil, sans objectif particulier, j'ai un peu de mal à photographier l'édifice, tant il est gigantesque, il faut choisir la vue d'ensemble ou les détails…


Ah, les bas-reliefs de Belmondo !
Je n'ai jamais su si ces personnages façon antique, c'était beau ou pas.
Si c'était de l'art ou du pompier. Et cela n'a aucune importance…
Ces figures figées, ces têtes ceintes de lauriers, ces toges de pierre plissées,
c'est une bonne partie de mon enfance…
Les fantômes romains surgissaient des mosaïques et des ruines de Tipasa et d'ailleurs
pour s'installer sur nos billets de banque,
sur les fresques de nos immeubles "Arts Déco",
ceux construits lors de la grande vague immobilière des années 30…
Oui, ce Belmondo-là fait à coup sûr partie de mon enfance, et du coup, oui, c'est très beau,
c'est plus que beau, c'est au-delà du beau !

   Je traverse le Bd Lutaud, la rue Renan, et retour vers l'Agha par la rue Sadi Carnot. Ici, parmi les hangars qui succèdent aux hangars, je cherche d'anciennes adresses, dont celle où furent construits les seuls planeurs et petits avions fabriqués en Algérie… Mais la bretelle de déviation (rocade ?) qui part du Champ-de-Manoeuvres a emporté tout ça. Fallait y penser plus tôt… et venir. Un petit moment de vague à l'âme… À quoi bon ? Qu'importent ces gens entreprenants et courageux qui vécurent et travaillèrent ici dans un autre temps ? Pourquoi vouloir les tirer de l'oubli ? C'est quoi cette compassion pour des inconnus ? À plus forte raison pour des disparus sans plus rien demander à personne ? Fiche leur donc la paix ! Si tu aimes tant les humains, va plutôt bosser dans l'humanitaire… Houlà, c'est à ça que je m'aperçois qu'il est temps de me ressaisir… Je repars.



Alors que je fais demi-tour rue Sadi-Carnot, un garage sur le trottoir d'en-face attire mon attention…
Un je ne sais quoi de familier dans la devanture...
À tout hasard - CLIC-CLAC - je le prends en photo. C'est au n° 86 de la rue.
Peut-être quelqu'un aura-t-il plaisir à l'identifier…

   En revenant vers l'Agha (CLIC-CLAC beaucoup beaucoup), une bonne surprise, en revanche : je retrouve l'immeuble de la SATT, où se trouvaient les bureaux de ce hardi entrepreneur, Georges Estienne, qui lança sur les routes du sud ces superbes cars Pullman aux carrosseries compactes argentées. Ici commençait "la Ligne du Hoggar"

                                             

   Et bien sûr, en suivant la rue Sadi-Carnot, je passe successivement (dans l'ordre) devant le bas de la rue Hoche, du Bd Victor Hugo, de la rue Tirman, de la rue Drouet d'Erlon...


… rue Hoche, on aperçoit, en haut à gauche, le sommet du lycée Gautier…



… boulevard Victor Hugo,
le grand garage à l'angle est toujours un garage...
Et les palmiers toujours des palmiers !



… le boulevard Victor Hugo...



… la rue Tirman...



… la rue Drouet d'Erlon.
On voit, tout au bout, les escaliers qui montent vers la rue Richelieu,
en laissant en leur milieu une baraque (celle du fleuriste ?).



   Arrivé au tout début de la rue Sadi-Carnot, au carrefour de l'Agha, je pense à Georges, bien sûr (salut Georges !), à différents copains, mais plus gravement à Jean Bayle (pour sa brève histoire, cliquer ici ; pour une visite à sa dernière demeure, c'est ici). Je fais quelques photos de l'entrée de son immeuble. L'extérieur, puis l'intérieur. Une belle jeune femme, porteuse d'une unique rose rouge, entre, elle téléphone.

   Elle s'assoit près du globe de pierre revêtu de sa mosaïque dorée, encore splendide, disposé sur la rampe d'escalier. Elle pose son sac, et dépose délicatement la rose dessus… Elle a fait exactement le geste que je venais d'avoir envie de faire, mais je n'avais pas pris la précaution de me procurer une fleur au marché Clauzel de l'autre côté de la rue. Je pense que Jean avait dû souvent poser la main dessus (je parle du globe) en montant ou descendant ces marches, et j'y pose la mienne.

   Je dis à la jolie jeune femme qui s'attarde, qu'elle va finir par être sur ma photo. Elle sourit gentiment, me disant "pourquoi pas ?". Alors, moi… CLIC-CLAC ! Je lui dis que cette fleur lui va bien, ce qui était vrai. Elle n'a pas disparu dans l'air, non, elle n'était pas une envoyée mystérieuse, une Euménide bienveillante venue des Enfers pour se joindre à moi dans cette pensée pour Jeannot, non, juste une jolie coïncidence. Une algéroise, aussi ravissante que des milliers d'autres… J'ai continué…

   Photographié le bâtiment de l'ESC (École Supérieure de Commerce), rampe Chassériau. Pas très intéressant de le photographier, il n'a pas changé depuis plus d'un siècle… Je fais quand même deux photos (CLIC-CLAC CLIC-CLAC), sans bouger mes pieds de place, avec l'idée d'en faire un panoramique, qui nous montre la descente de la rampe Chassériau et les trains, voilà qui est fait… Cet endroit continue à me paraître infiniment triste, peut-être à cause de ces trains garés là, qui semblent ne devoir jamais aller nulle part, une impression de bout du monde. Je rebrousse chemin, soulagé, repasse, devant le Mauretania. L'accès à la terrasse est interdit, le fantôme d'un petit patineur de 11 ans est bien protégé…

   En 3 photos, je fais ce panoramique de la perspective vers le port, qui ne figure pas sur les cartes postales. Le Carrefour de l'Agha a été beaucoup photographié, mais pas sous cet angle là…

   Je descends la rue qui conduit à la gare. En bas à droite, se trouve la boutique de Monsieur Laroui, grand collectionneur de cartes postales d'Alger devant l'éternel. 400.000 cartes dans sa collection personnelle ! Ce sont ses doubles qu'il propose, rangés dans d'épais classeurs. J'en achète quelques unes. Les prix sont ceux de leur cote, ni plus ni moins. Le sésame "Tonton Jaja" me vaut toutefois une réduction sympathique. Monsieur Laroui me montre le catalogue, mis en page par son fils, qui répertorie tous les timbres algériens depuis 1962, toutes les variantes, toutes les reproductions en couleurs. Du beau travail… "Celui de la période française est sur le point de sortir", me dit-il… Je songe à cet autre boutique philatélique, non loin de là, rue Charras, chez Schwartz, où enfant je dépensais mon argent de poche… Et à toutes ces vignettes qui nous apprenaient le monde. Il est 17 heures, c'est l'heure de la fermeture. J'en reste là, à regret, de mes recherches… Il s'excuse, il a des médicaments à porter à sa femme… C'est bien naturel, j'assure que je repasserai. Je n'en aurai pas le temps. La prochaine fois… C'est souvent que je vais me faire cette promesse au cours de ces 5 journées trop courtes.


   Je remonte jusqu'au carrefour de l'Agha. J'ai le coeur qui bat plus fort, me revient cette drôle d'exaltation qui fait venir le sourire aux lèvres et les larmes aux yeux, en même temps… Je commande un café, histoire de laisser reposer un peu mes pieds qui n'en peuvent mais, au grand café qui fait l'angle, ou plutôt qui épouse l'arrondi Baudin-rampe Chassériau. Et puis je me décide. Je vais jusqu'au 22… Je gravis l'escalier jusqu'au premier étage… Je sonne à la porte de gauche… Chez ma grand-mère… Ici étaient mes jeudis, mes dimanches… Aujourd'hui ce sont les bureaux d'une société d'import-export ou quelque chose comme ça… Pas de réponse… La voisine d'en-face m'explique qu'on est veille de vendredi, et que c'est le week-end… C'est vrai, j'avais oublié. Je fais des photos de tout, de la rampe d'escalier, des mosaïques sur les murs du hall, des carrelages au sol, je suis comme un voleur de vie, d'une vie ancienne, d'une vie éteinte, qui n'a plus les apparences de la vie, mais elle n'est pas morte, vous savez, ce sont comme des braises, et je suis comme un voleur de feu, ma mémoire va souffler dessus, et elles vont se remettre à respirer, doucement, et puis à chanter, elles vont se mettre à exister encore, dans les yeux embués d'un petit garçon de 10 ans… Je retrouve avec soulagement la lumière du boulevard. Pas pour longtemps… Je pousse jusqu'au 18, où se trouve la galerie du cinéma Cameo, puis s'appela ensuite "Vendôme à partir de 1957; et qui sur cette photo de 1984 ci-dessous portait encore, en arabe, son ultime nom de "Djurdjura". Et je replonge…

   Je la photographie de fond en comble… Sur les murs, j'ai retrouvé une partie des cargaisons du Turiddu, de ce marbre de Vérone "beau comme une coulée de lave", ramené d'Italie par Monsieur Tilli (relisez les kémias 13).

   Un de ces 4, je consacrerai au Cameo un écran exprès. Avec plein de photos… Pensez, c'est ici que j'ai vu "La Guerre des Mondes", "Normandie-Niemen", "Quand passent les Cigognes", et plein de ces films qui enchantaient nos enfances… Et les films avec Elvis Presley ! Je me rappelle dans la première vitrine à gauche en entrant (oui, celle-là, justement), l'affichette et les photos de "Amour frénétique" (en anglais, le tant aimé "Loving You"), c'était en janvier 1958, et aussi, une autre fois, "Bagarre à King Creole" ! Mais jamais ma mère elle m'aurait donné un sou pour aller voir un zazou en chaleur ("frénétique, l'amour, c'est lui qui le dit, tu 'ois ?") comme ça gigoter des hanches ! "Et quand il nous fait pas la danse du ventre, il nous la fait façon lascif ! Et me dis pas que tch'iaimes ça, hein, ou tu vas voir la calbote !". Envoyez moi vos souvenirs, que je les rajoute aux miens !

    Aujourd'hui, le groupe de mes compagnons de voyage visite les ruines de Tipasa… Mais moi, ici, dans cette galerie, devant ces marbres ruinés et ces vestiges qui s'estompent avant leur ultime disparition, j'ai l'impression de visiter un site archéologique bien davantage que mes camarades en ce moment. Une cité engloutie, que ne voient pas ses actuels habitants, une Pompei dont curieusement chaque trace me dit que j'avais été d'ici un jour… Impression curieuse, entre un présent ma foi assez vivant et somme toute joyeux, malgré une désolation urbaine qui ne me touche en fait que peu, et ce passé où je ne cesse de m'immerger.


Ceci est la galerie du Cameo photographiée depuis son extrémité.
Au bout, le rectangle de lumière, c'est le boulevard Baudin.
À gauche, s'ouvrent trois entrées d'immeubles, et l'entrée du cinéma, depuis longtemps fermé.
À droite, dans le mur, revêtu de marbre de Vérone, étaient encastrées des vitrines (elles sont toujours là, vides).
C'est leur éclairage intérieur qui assurait l'essentiel de la lumière de la galerie.
Les vitrines sont toujours serties de leur encadrement de laiton, qui luisait dans la semi pénombre.
Ici régnait une curieuse lumière d'aquarium qui oscillait entre le cossu et le glauque.
Les deux premières vitrines en entrant présentaient les photos des films.
Dans une autre, Alex Slonimski, fournisseur de choses philatélique installé ici, au 18 (tél. 334 85),
proposait des planches de timbres, des albums, des loupes…
Et aussi des enveloppes "premier jour" qu'il éditait lui-même
(longtemps j'avais cru que cette vitrine servait de réclame à l'autre boutique philatélique du quartier,
celle de M. Schwartz, non de loin d'ici, rue Charras, chez qui je m'approvisionnais.
Je ne me rappelle pas ce qu'il y avait dans les autres vitrines.
Aujourd'hui une seule renferme encore quelque chose, la réclame pour une auto-école domiciliée dans le passage.
Ci-dessous, le nom du cinéma et les numéros des entrées s'ouvrant dans la galerie,
en belles mosaïques, un peu bouffées par la guérite du serrurier qui a été bâtie dessus.


   Devant chez ma grand-mère (au 22), au beau milieu du boulevard Baudin, resurgit du bitume la déviation souterraine qui débute plus loin, là-bas, de l'autre côté du carrefour, rue Sadi Carnot. Ainsi, on peut sans danger se planter au beau milieu du boulevard, les pieds au dessus des voitures qui ressortent devant soi, et regarder au loin, vers le square Guynemer, comme ces matins de 14 juillet et de 11 novembre, quand nous guettions, au bout du boulevard désert, si le défilé se pointait…

   Dans l'immeuble de la grande quincaillerie Barnabé s'est installée la Bourse d'Alger. J'ai une pensée affectueuse pour Lydie, la petite fille dans la vitrine du 23, wouah-wouah, euh, non … CLIC-CLAC !

   Allez allez, ce jour est déjà bien avancé, vite, vite... Je remonte du côté de la rue Richelieu, jusqu'au n°6 exactement, où vécut Gustave Gayzard, notre pharmacien de l'immeuble-fantôme du 2 rue Michelet, et je décide de refaire son trajet quotidien dodo-boulot-dodo... À partir du n°6, je descends la rue Richelieu, je passe devant l'entrée du 4, et tout de suite, on arrive à la pharmacie qui fait l'angle…

   J'entame la montée de la rue Warnier. Je me souviens avoir emporté une photo de l'oncle de l'une des meilleures amies de la soeur de Remi Morelli (oui, tout ça), Béranger Visciano, sur sa superbe moto, dans l'intention de retrouver l'endroit précis où elle fut prise (pour relire l'excellent texte de Rémi nous racontant "sa" rue Warnier, cliquer ici). Je crois d'abord que ça avait dû être dans la grande cour à gauche. Non, tout faux. Deux amis, papotant assis sur les bornes à l'entrée de la cour, la soixantaine, me viennent en aide. Ils me montrent l'endroit, c'était au n°5. Oui, l'entrée qu'on voit à gauche, c'est le 3, mais la boutique est dans l'immeuble d'à côté, et c'est le n°5. Voilà, 50 ans ont passé… CLIC-CLAC !

 

   L'un, Azzedine, est coiffeur (son ami, Omar, est de passage, "homme à tout faire retraité", comme il se présente, il vit en Suède). Azzedine est, lui, (chonce !) celui qui a succédé à MON coiffeur de quand j'étais petit. J'avais oublié son nom. Mon père l'appelait "Bagatelle", mais ce n'était pas parce qu'il jouait aux courses, non. C'était parce qu'un jour il lui avait confié que "s'il s'était re-marié, on-ton-tion, c'était pas pour la bagatelle". Ça lui était bien tombé, à mon père… Il en riait encore quand des années après il nous racontait ça ! Son nom, à ce vertueux coiffeur, Azzedine me l'apprend, c'était Monsieur Disposito. Son salon est presque à l'entrée du Trou des Facs à droite, je le croyais un peu plus bas dans la rue Warnier… C'est en ce lieu que mon frère et moi dévorions, en attendant notre tour, les magazines pour adultes : "Vues et Images du Monde", où j'avais un faible pour le "Petit Roi", bande dessinée aux gags bizarres et au graphisme géométrique, "Match" bien sūr, et surtout "" dont longtemps la page de couverture était un dessin du grand Rino Ferrari, plus criant de vérité que ne le seraient jamais toutes les photos qui un jour remplacèrent ces "unes" formidables.

   Les grands lavabos ont disparu, mais les fauteuils de moleskine sont toujours là. "Les mêmes", assure Azzedine. Je ne me souvenais pas que je me faisais couper les cheveux rehaussé par une planche sur ces antiquités bleu turquoise… Et toi, Pierre ?

    Je quitte ces deux Algérois pleins de bonne volonté et de sollicitude, et je me dirige vers l'entrée du trou des facs qui termine la rue Warnier. Avant d'entrer, je lève les yeux, je vois l'envers de la maigre construction qui au dessus, rue Michelet, chapeaute l'entrée. Sans doute le "toit" du souterrain n'est-il pas prévu pour supporter un immeuble de plus d'un étage… Plus haut, on distingue le building qui se trouve entre rue Valentin et rue de Mulhouse, surmonté des enseignes rouges d'Air Algérie.

   J'entre… Un peu plus loin en face, dans le souterrain c'est la grille qui mène à la salle de conférences où j'étais avant-hier. Je prends à droite, et je remonte les escaliers qui mènent rue michelet, direction rue Charles Péguy. C'est là que je finis mon parcours de la journée. Je fais des photos de l'immeuble du 4, en pensant à un ami très cher… Ici, certains jeudis, je venais chez lui jouer aux petits soldats.

   Tous, nous lui enviions ses petits soldats "Britains", d'un fascinant exotisme Union-Jack tendance Commonwealth, et aussi ses modèles réduits (très réduits) de marque "Matchbox" (puisqu'ils tenaient dans un conditionnement de la taille d'une boîte d'allumettes), achetés chez Bissonnet, le plus urf des vendeurs d'articles chics de notre ville. Il tirait de la possession de ces exceptionnels jouets un prestige non moins exceptionnel. Il n'avait pas de british que ses goûts en matière de jouets… J'admirais chez lui son humour, son élégance et son port de tête altier qui toujours me firent voir en lui, sans que je le lui aie jamais dit (maintenant, s'il me lit, c'est fait), une incarnation de Francis Blake (vous savez, celui des BD "Blake et Mortimer" dans Tintin, sans la moustache toutefois).


Les 2, 4 et 6 rue Charles Péguy.
Au 2, faisant l'angle à gauche, c'était la "Brasserie Lafferière" ("et des Sports" !).
Les immeubles du 2-4-6, datant grosso modo de la fin du XIXème,
ont été mutilés à une date indéterminée : l'angle à gauche était originellement surmonté d'un beau dôme qui a disparu
(ça se voit, le povre, il a l'air d'avoir été scalpé). Ci-dessous, une carte postale datant de 1900 environ. Avec le dôme.
Et encore en-dessous, une carte postale des années 50, montrant que ces mutilations étaient antérieures à 1962.
Ce serait trop facile de tout mettre sur le dos de Sidi Oups ! ("Oups, j'ai fait tomber le dôme" !)
On remarquera la terrasse couverte de la Brasserie Laferrière du temps de sa splendeur.





Quant à l'immeuble du 6, il a été surélevé de 2 étages supplémentaires, ce qui lui ôte tout cachet (on le voit bien sur la photo ci-dessous).
Au n°6, c'était le café "le "Coq Hardi". D'où effectivement le point de vue était drôlement moins imprenable
sur les cailles sortant de Delacroix ou des Facs,
que depuis la "Brasserie des Facultés", de Monsieur Espanol, situé plus loin sur le même trottoir,
après le carrefour Charras-Monge, juste en face des portails des dits établissements.
On peut supposer que c'est ce handicap, selon la dure loi de la sélection naturelle,
qui a conduit à la disparition de ces deux grands cafés, alors que la "Brasserie des Facultés", 50 ans après, continue à bien se porter.




   Au n°3, regard aux fenêtres du 1er, qui furent celles de notre chère doctoresse Brouqui. Au 7 (ci-dessous), un bar porte toujours le nom de "Bristol". La "Marquise de Sévigné" se trouvait un peu plus à gauche, au n°9.

   Je ne résiste pas à la tentation de rentrer chez "Bib et Bab" m'acheter un déodorant. Déception, la pochette où on me l'a emballé ne porte pas le nom du magasin. Tant pis… Remarquez devant la parfumerie la bouche du futur métro. Le titi algérois n''appelle plus la station ici présente que "station Bib-et-Bab" ! Voilà, il est temps de rentrer dîner…


Vous aurez remarqué que tout au long des photos qui précèdent,
j'ai "flouté" les visages de la plupart des passants, afin de respecter leur droit à l'image.
Je ne l'ai pas fait pour quelques personnes dont j'avais obtenu leur accord pour les photographier.
J'ai trouvé dommage de flouter la "jeune-fille à la rose",
tant la photo était belle (pour moi en tout cas),
mais je n'aurais pas voulu lui être une source d'éventuels tracas.
Ci-dessus, le floutage m'a permis de faire plus discrètes
les ordures entassées à cette heure tardive en prévision des éboueurs du lendemain.
Flouteur d'ordures, quel beau métier !


   Il me reste encore 2 jours à vous raconter. Pourtant, je vais arrêter là la première partie de mon journal de ce séjour. Il faut que je mette tout ça en page, et c'est déjà beaucoup.

LES DEUX DERNIERS JOURS BIENTÔT, SI LES PETITS COCHONS NE ME MANGENT PAS !



  

   Ah ! Cette image, et les bavures de peinture blanche que l'on voit sur cette belle fresque qui appartient à l'hôtel Aletti (elle est du côté du boulevard front de mer), me permettent de vous parler d'un personnage du folklore populaire algérois. Les Algérois ne le savent pas encore, mais ça va venir. Est-ce que vous vous souvenez de Monsieur Plus ?

   Il a laissé en France un souvenir mémorable, il est entré dans le langage populaire, on trouve des allusions à lui sur des centaines de sites Internet, essayez voir… C'était un chauve genre rastaquouère à moustache, habillé d'un smoking blanc, noeud pap', oeillet rouge à la boutonnière, il était payé par Bahlsen pour se promener sur les chaînes de conditionnement de la marque, et ficher en douce des coups de coude aux manutentionnaires qui déversaient les sacs de noisettes, amandes, raisins secs, etc, dans les broyeurs, concasseurs, malaxeurs… Il s'appelait "Monsieur Plus", parce que grâce à lui, il y avait davantage de toutes ces bonnes choses dans les mélanges et autres gourmandises Bahlsen.

   Vous êtes sceptique ? Vous trouvez que Bahlsen se fichait de nous ? Moi je vous répète ce qu'on voyait dans les films… Et puis un jour, on n'a plus vu Monsieur Plus, Bahlsen a choisi d'autres fadaises pour vendre ses sucreries. Monsieur Plus s'est retrouvé au chômage. Mais pas pour longtemps ! C'est à Alger qu'il a pu continuer à exercer son sacerdoce, dans un domaine inattendu, celui de la peinture en bâtiment. C'est ce qui explique, quand on se promène dans Alger, les innombrables bavures de peinture qu'on peut constater un peu partout, qui se trouvent à l'extérieur, autour, dessous (parce que ça coule, cette cochonnerie, c'est liquide), bref partout en dehors des limites où elle devrait se trouver. Avant, quand un peintre en bâtiment algérois "dépassait", se faisait-il engueuler ? En tout cas, maintenant, quand un peintre utilise un pinceau "queue de morue" pour encadrer délicatement (ploutch ploutch) un interrupteur (c'est un exemple), si ça ne va pas - et comment ça pourrait aller - c'est que "Monsieur Plus" est passé par là : "OUPS ! C'est pas moi, chef, c'est Sidi OUPS ! Il m'a donné un coup de coude !"

   Voilà comment "Monsieur Plus", esprit facétieux, s'est retrouvé promu au rang des Djinns locaux, sous le nom de "Sidi Oups", ou encore "Monsieur Ploutch". Et on peut constater partout dans Alger, qu'il intervient massivement. Sacré Monsieur Plus ! Euh, pardon, sacré Sidi Oups !