LES BELLES HISTOIRES DE TONTON JAJA

Le Sacré Coeur, la villa Montalembert, les Coeurs Vaillants...
et ma communion !


(9 juin 1955)


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par Yves Jalabert


   Pour compléter le très beau et très riche texte de Gérald sur "le Sacré coeur de l'Oasis", appellation que j'ai ainsi découverte, j'apporte ma modeste contribution en tant que "paroissien" et acteur au sein des Coeurs Vaillants qui siégeaient villa Montalembert. Ce texte a réveillé en moi bon nombre de souvenirs et m'a poussé à ouvrir la malle aux archives... Ce que je constate c'est qu'il existe très peu de documents ou de cartes postales de l'église et de la villa Montalembert.

   Demeurant avenue Claude Debussy (voir lettre à Claude), j'ai fréquenté assidûment, entre 8 et 11 ans, chaque jeudi matin, tout au long de l'année scolaire, les cours de "cathé" à l'église du Sacré-Coeur, ma paroisse, ainsi que la messe du dimanche matin où il ne fallait pas être absent, sinon, balek à Chitane*. J'étais plus motivé par la perspective des jeux du jeudi que par les discours du curé. À cette époque, pas de mélange : les filles à gauche et les garçons à droite.

   Le 9 juin 1955, le Grand jour, celui de la communion solennelle, les filles, toutes revêtues de leurs belles robes longues et blanches et nous, les garçons, en costumes gris, pochette en dentelle dans la poche poitrine de la veste, brassard blanc sur la manche gauche, "la grande classe", nous sortions de l'église, plus fiers que nous, c'est pas possible, 2 par 2, un garçon et une fille, elle était mignonne, mon éphémère compagne, où est elle aujourd'hui, comment s'appelait elle ? Dites-nous les filles, femmes d'aujourd'hui, ce que vous faisiez pendant ce temps-là, je n'ai, pour ma part, aucun souvenir de filles fréquentant le "cathé", ni de celles des "Âmes Vaillantes".

   Après la cérémonie, retour à la maison pour un repas festif et familial. Plus tard (combien de semaines ?), on remettrait le costume et tous ces atours, et ce serait le traditionnel pélerinage à Notre -Dame d'Afrique.

   Pour arriver à l'église, il fallait gravir un certain nombre de marches, l'enceinte était constituée d'un mur en grosses pierres cimentées, qui surplombait la rue Montalembert en pente vers la rue Michelet, il me semblait très haut, je dirais aujourd'hui entre 3 mètres pour la partie la plus basse (c'est de là que quelquefois nous sautions !) à 4 m pour la partie la plus haute. Arrivés en haut des escaliers, sur cette esplanade, se trouvait la petite église, toute simple, sans clocher avec un toit à 2 pentes, rien de bien exceptionnel, qui ne devait pas contenir plus d'une centaine de fidèles et un jardinet suspendu, bien entretenu, avec 2 ou 3 arbustes et des fleurs. Nous attendions là que le curé nous invite à le suivre pour nous délivrer la bonne parole. L'église était placée au centre d'un quadrilatère formé par les rues Edith Cawell (son adresse était le 10 de cette rue), Marcel Morand, du Sacré Coeur et des Professeurs Curtiller.

   Les cours étaient donnés dans un bâtiment annexe comprenant 2 étages, abritant l'administration de la paroisse et également les logements des abbés et curés, qui portaient, dans les années 50, le col blanc et l'habit noir, sorte de longue robe boutonnée du haut en bas par de petits boutons ronds et noirs. Les jeudis après-midi, dès le repas terminé, rendez-vous à la villa Montalembert où je retrouvais la troupe des Coeurs Vaillants, dont la devise était "À Coeurs Vaillants, rien d'impossible".

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   Cette villa, était située sur l'emplacement actuel de la Cathédrale, c'est à dire en face de l'église du Sacré Coeur de l'autre coté de la rue Montalembert ou Marcel Morand (ces 2 rues étant dans le prolongement l'une de l'autre) en descendant à gauche vers les escaliers qui conduisent rue Michelet et au dessus de la station service BP... entourée des rues Letellier et Edith Cawell. C'était une assez grande bâtisse de 2 étages, en forme de L, un ancien pensionnat bâti par les Dames du Sacré-Coeur dans les années 1850, à la même date que l'église, abandonné de ses anciens occupants, remplacés par notre génération.

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Cette carte postale postérieure à juin 1954 (date d'inauguration de la station BP), nous montre : 1) la rue Marcel Morand ; 2) la petite église du Sacré-Coeur, on distingue bien le mur et le jardinet ; 3) un bâtiment, survivant de l'ancien ensemble du "Sacré Coeur de l'Oasis", servant de logement aux curés ; 4) "Notre" Villa Montalembert, également survivance de l'ancien corps de bâtiments, elle sera bientôt rasée pour laisser place à la cathédrale. Entre 3 et 4, le percement de la rue Marcel Morand a fait disparaître les anciens bâtiments qui reliaient ces deux édifices (voir en colonne de droite).

   À l'époque, je ne me suis jamais posé de questions sur l'origine de ce bâtiment... Qui habitait là, à quoi servait-il, qui était Montalembert ? Ce que j'ai su, plus tard, c'est que ce bâtiment était destiné à la démolition, pour la construction de la nouvelle église.

   En fin d'année scolaire, ce lieu servait de décor à la traditionnelle kermesse annuelle, il y avait toutes sortes de stands ludiques, pêche à la ligne, jeux de massacre, tir à l'arc... tenus par nous, les jeunes ; stands de vente de casse-croûte, brochettes, merguez, gâteaux, vêtements... tenus par les parents. La kermesse durait tout un dimanche, quelle ambiance !

   Pour nous, cette villa, c'était notre terrain de jeux, et nous occupions cet espace les jeudis, c'est tout ce qui importait. Devant les bâtiments, sur la grande cour en terre, plantée de mûriers dont les feuilles servaient de repas à mes vers à soie, nous jouions au foot, au hand ou au volley. Si le temps ne permettait pas de sorties à l'extérieur, c'est dans les salles de la villa désertée que nous passions nos jeudis après-midi, soit à fabriquer des marionnettes, en papier journal mouillé, que nous devions ensuite peindre et habiller, soit à l'atelier de menuiserie à bricoler des bouts de bois ou fabriquer des maquettes d'avion en balsa ou en peuplier, soit à lire et s'échanger des illustrés, ou tout simplement à laisser passer le temps.





La station BP et la villa Montalembert, photographiées d'un balcon du 198 bis rue Michelet. À gauche, la rue Marcel Morand, à droite la rue Letellier.


   Si le temps était au beau, nous sortions alignés comme à la parade, pour nous rendre au bois de Boulogne ou au parc Mont Riant. Notre tenue était composée d'un short marron, d'une chemise beige, d'un béret en toile légère beige et marron avec l'écusson des C.V., d'un foulard, de couleur variable selon la catégorie de votre troupe, j'ai eu un foulard orange à bord vert, un autre bleu à bord rouge, un troisième certainement, mais de quelle couleur ? Peut-être jaune et orange ? Pour maintenir le foulard autour du cou, un noeud en cuir tressé. Marchant en tête de ce cortège, le porte étendard qui portait fièrement cette hampe au bout de laquelle flottait le fanion aux couleurs de notre foulard.

   Chaque troupe devait avoir un nom, que j'ai complètement oublié, c'est tellement loin tout ça, mais ça laisse des traces et des souvenirs, bons en général.

   L'encadrement était assuré par des jeunes gens, étudiants ou militaires, qui nous conduisaient vers nos terrains de jeux. Nos jeux des jeudis après midi : pour débuter, des mouvements de gym. Pour nous mettre en état d'affronter les durs moments qui nous attendaient : le ballon prisonnier, la chasse au trésor, jeux de piste, ou le jeu "la vie" : nous glissions à l'arrière de notre short un bout de tissu que nous laissions dépasser, le jeu consistait à, d'une part ne pas se laisser prendre "sa vie", et d'autre part à essayer de prendre celle de l'adversaire, ce qui constituait un stock de vie de remplacement en cas de perte de la nôtre, l'astuce était de serrer la ceinture du short de manière à ce que notre "vie" ne se perde pas facilement en tirant dessus, celui qui n'avait plus de vie était exclu du jeu, le vainqueur était celui qui avait le plus grand nombre de vies, en tissu... Il y avait d'autres jeux de plein air qui nous faisaient dépenser notre énergie de garnements turbulents.

   En fin d'après-midi, nous rentrions, fourbus, égratignés, les genoux et les coudes abîmés, boueux quelquefois, nous allions faire un petit tour à l'église pour une petite prière, nous pénétrions dans l'église par la porte latérale, la grande porte de la façade principale n'étant ouverte que pour les grandes occasions, puis la troupe se disloquait et il fallait regagner le foyer familial et penser, déjà, à l'école du lendemain, et là, franchement, le coeur n'était plus vaillant.

Yves Jalabert.



* "Le diable", en langue autochtone ; c'est aussi comme ça que m'appelait ma mère, son "Chitani", petit diable !!






Avec "La Patrouille des Castors", nous allons apprendre tous les trucs de la vie des scouts, et nos jeux de piste dans les sentiers du parc du Mont Riant vont s'en trouver dynamisés.

LES IMAGES DE MA COMMUNION

Pour voir les quelques images que j'ai gardées de ma communion solennelle, cliquer sur le dos de celle-ci. Figurent aussi les noms de quelques uns de mes co-communiants (et d'une co-communiante) de ce jour-là... Peut-être vous ?

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LA VILLA MONTALEMBERT AVANT LA VILLA MONTALEMBERT


Cette vue partielle des bâtiments du domaine du "Sacré-Coeur de l'Oasis" date du tout début du XXème siècle. La petite église se trouve tout à gauche, et la future "villa Montalembert" est déjà là, tout à droite dans le cercle (en 2). Entre les deux, en 1, la perspective de ce qui sera la percée de la rue Marcel Morand, et les bâtiments qui seront rasés, pour lui faire place. En 3, l'autre bâtiment qui subsistera, et abritera les logements des prêtres.

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Ci-dessous, sur cette autre photo datant de la même époque que celle ci-dessus, on voit bien la villa avec ses deux étages à quatre fenêtres, et les quatre soupiraux. Le terre-plein qui s'étend entre elle et nous, est "la Cour des Orangers".


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DE L'ANCIEN "SACRÉ COEUR DE L'OASIS"




25 NOVEMBRE 1954 :
LES CASTORS ARRIVENT




Le jeudi 25 novembre 1954 parait dans Spirou la première page de la première histoire de la Patrouille des Castors, "Le Mystère de Grosbois". Un mystère qui va nous faire passer pendant le 1er trimestre 1955 de bien agréables et palpitants moments, agréables parce que palpitants.

Les Castors rejoignent ainsi Geai et Mowgli, deux autres scouts familiers du journal, qui animent depuis déjà 1953 "Le Coin des Dégourdis", qui est la rubrique des jeux (toujours é-du-ca-tifs, ontontion !).


Grâce à Es'mma, vous aussi, 50 ans après, jouez avec Geai et Mowgli !

Cliquez sur leur image, vous verrez les jeux du 15 décembre 1955 !




Et pour les soluces
(ne trichez pas, c'est seulement si vous avez vraiment bien cherché avant !)...


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Rappelons que, pour les lecteurs du journal de Spirou, l'année 1955 est particulièrement superbe. Qu'on se souvienne : quand l'année s'ouvre, s'y trouvent déjà Buck Danny dans "Patrouille à l'aube", la Patrouille des Castors dans "Le mystère de Gros Bois", Spirou dans "Le repère de la murène" (quelle merveille ! Se termine le 11 août) et Blondin et Cirage dans "Soucoupes volantes" (c'est d'actualité, on croit en voir partout ! Se termine le 03 mars). Ensuite, entrent en scène successivement : Spirou dans "La Quick super" (1er sept-27 oct), puis "Les pirates du silence" (débute le 03 nov); "Tif et Tondu contre la main blanche" (oui, avec Mr CHOC ! 06 janv-02 juin), puis "Le retour de Choc" (commence le 13 octobre) ; "Mermoz, chevalier du ciel" par Hubinon et Charlier (débute le 27 janv et se pousuivra jusqu'en 1956) ; Jerry Spring dans "Le visage pâle" ("Lune d'Argent", 17 fév-23 juin), puis "La passe des Indiens" (débute le 15 déc) ; Timour dans "Le talisman" (10 mars-21 juillet, se passe au temps des Pharaons), puis "Le glaive de bronze" (débute le 03 nov) ; Buck Danny dans "NC 22.654 ne répond plus" *** (14 avril-1er sept), puis "Menace au nord" (à partir du 15 sept) ; Johan et Pirlouit dans "La pierre de lune" (12 mai-06 oct), puis "Le serment des Vikings" (à partir du 1er décembre) ; Kim Devil dans "Le monde disparu"  (commence le 09 juin); Lucky Luke dans "Des rails sur la prairie" (à partir du 25 août) ; et à nouveau la Patrouille des Castors dans "Le disparu de Ker Aven" (à partir du 28 juillet).

Une bien belle année, non ? Ça nous faisait un sacré paquet de héros, et de rôles à endosser dans les cours de récréation. Oui, en 1955, il y a eu d'autres belles bandes dessinées, dans "Tintin", entre autres magazines, mais c'est dans "Spirou" qu'on avait nos p'tits scouts ! Pour les autres BD, se rendre dans "Notre année 1955".

*** À noter que le numéro de l'avion disparu, dans cette aventure et dans le titre même de l'histoire, correspond au 22 juin 1954 (22 6 54), qui est la date de la naissance du fils du scénariste, Philippe Charlier, et de la fille du dessinateur, Michèle Hubinon, née quelques heures après. La naissance de Lady X, c'est pour l'an prochain, un peu patience !




MERCI LES P'TITS SCOUTS !


Nous sommes allés chercher les quelques chants scouts (de nos années) que vous entendez, sur le site épatant "Chantons autour du feu", où l'on n'a que l'embarras du choix. On vous le recommande. http://www.scoutspremiere.org/chansons.htm

Finalement, on s'est décidé pour "le chameau" (parce qu'à Es'mma, comme vous commencez à vous en douter, on a une tendresse spéciale pour cette bête), et puis "L'hymne à la Joie", à l'harmonica, qui était souvent notre instrument chéri (avant qu'une fois adolescent on ne craque pour des instruments plus dans le vent), et le classique "Chant du départ", que c'est toujours aussi émouvant, surtout dans cette version-là.

Et si vous voulez animer une fête un peu languissante, être sacré roi du karaoké, ou simplement mettre un peu gaité en vous rasant le matin, voici les paroles de ...




Le Chameau

I

Perdu dans le désert immense
L'infortuné bédouin
Douin, douin, douin, douin,
N'irait pas loin
Loin, loin, loin, loin
Si la Divine Providence
N'allégeait son fardeau
Deau, deau, deau, deau,
Par un cadeau,
Deau, deau, deau, deau,
Ce cadeau précieux,
Ce précieux cadeau,
De la bonté des Cieux :
C'est le chameau,
Halli, hallo !


Refrain

Halli, hallo,
Et vive le chameau,
Voyez comme il trotte !
Halli, hallo, et vive le chameau,
Voyez comme il est beau !
Himalaya, Java, Calcutta,
Sidiborina, ha !
Himalaya, Java, Calcutta,
Sidiborina, ha !
Aléa léa léa ohé !
Aléa ohé ohé !


II

Il sait faire la révérence
Et se mettre à genoux
Nous, nous, nous, nous,
Sur les cailloux,
youx, youx, youx, youx,
Et sur son dos quand on s'élance
Aussi léger qu'un daim,
Daim, daim, daim, daim,
Il part soudain
Dain, dain, dain, dain :
Yeux fermés, nez ouverts,
Des sables du désert
Il soulève les flots
De ses sabots,
Halli, hallo !


III

Grâce à cet animal utile,
Vrai chemin d'fer vivant,
Vant, vant, vant, vant,
De l'Hindoustan,
Tan, tan, tan, tan,
On transporte d'un pas agile
Cachemire et rubis,
Bis, bis, bis, bis,
Et des tapis,
pis, pis, pis, pis,
De la gomme et du thé,
Du sucre et du café,
Du riz, du cacao,
De l'indigo,
Halli, hallo !




POUR LES MELOMANES

En cliquant sur ce pavé rouge, nos visiteurs pourront bientôt se rendre sur un écran spécialement consacré à notre année 1955. Et en particulier aux "tubes " de cette année-là...
Bons souvenirs !



LA FIN DE LA VILLA MONTALEMBERT



Au moment de "boucler" cet écran, voilà que nous arrive cette très belle carte postale, représentant la station-service BP, mais surtout où se sont fait prendre à l'arrière-plan les ouvriers en pleine démolition de la Villa Montalembert ! Difficile de dater cette photo, les deux réclames qu'on y voit ne correspondant pas, semble-t-il, à des campagnes précises, limitées dans le temps, dont on aurait pu retrouver la trace. En tout cas, on voit bien la villa dont le toit a déjà été déposé, comme quoi "notre" Villa n'aura pas été mise à bas à coups de "boule", mais avec dé-li-ca-tesse !

À gauche, la Brasserie "Chez Romano", au n° 116, à l'angle des rues Michelet et Marcel Morand (à ne pas confondre avec la "Taverna Romana", au n°124.