(yacht-club)
En bas le port



En souvenir de nos pêches et du Yacht Club ...

Quelques échanges sur le Livre d'Or d'Es'mma en ce mois de juillet 2008


Dessin du "Slip" par Jean Brua




Guy SIMON-LABORDE (1937 - Alger - La Ciotat)
16/07/2008 00:21

Bonsoir,
Je suis content que nos "submarines" aient un temps attiré l'attention et en même temps détourné tous ces gastronomes de nos spécialités de là-bas. Mes parents ont tenus un certain temps le restaurant qui se trouve être le dernier bâtiment de la jetée Nord, Le Yacht Club d'Alger pour ne pas le nommer.

Une belle tranche de vie pour moi ; la jetée Nord n'avait pas de secret, côté mer, un roseau, une ligne en Gut, quelques sardines découpées en lamelles, un bouchon et deux hameçons, et en une heure de temps un bon kilo de bogues ou de petits mulets, les mulets, il était préférable de les pêcher au large, car ceux du bassin n'étaient pas comestibles.

Côté bassin, la pêche était aussi bonne, mais différente, quelques lignes de plus gros diamètres, un plomb coulissant, une demi-sardine dans laquelle on cachait l'hameçon, le tout envoyé à quelques mètres du bord, et l'attente... Le liège bien fixé pour ne pas qu'il aille à l'eau (les cannes modernes avec moulinets, on ne connaissait pas) sur le Gut, à une distance d'un mètre du bord du quai, on attachait une boite de tabac à priser, vous savez, ces boîtes que l'on trouvait partout dans la rue, en fer blanc, 5 centimètres de diamètre et 1,5 de hauteur, un trou pour faire passer la ficelle, qui ensuite était attachée à la ligne. Quatre à cinq lignes ainsi disposées, lorsque le poisson mordait, en général si ça partait vite : Daurades ou Sar, si ça partait doucement un poulpe ou un congre, on se précipitait, un grand mouvement avec ampleur pour ferrer, et disons qu'une fois sur quatre le poisson finissait dans le couffin. Une fois sur quatre, car il ne fallait pas qu'il se décroche, la jetée est très haute, et les escaliers souvent assez loin.

Un jour mon père a sorti une belle daurade (1,5 à 2 Kilo) il a réussi à la lever au dessus du quai, mais une fois là, elle s'est décrochée, un coup de queue et elle est retombée à l'eau devant ses pieds, ce jour là, dégoûté, il a plié bagages et la pêche a été terminée.

Le loup (on ne l'appelait pas le bar) c'était différent, le meilleur moment, à la tombée du soir, toujours côté bassin, il fallait avoir pêché une bogue, pas trop grosse, et encore vivante, l'hameçon accroché à son épine dorsale, pas de plomb, une ligne assez légère, et le tout à l'eau, la pauvre bogue faisait en général des ronds dans l'eau, et devenait une proie facile pour le loup en chasse. On a sorti de beaux spécimens.

A un autre moment de l'année, c'était les seiches, une autre méthode, une bogue (morte) attachée à un Gut par la queue, pas d'hameçon, le tout envoyé à la mer, il fallait être au niveau de l'eau, le ponton du club faisait l'affaire, ensuite on ramenait très lentement notre ligne vers le bord, à un moment on sentait une touche, comme si on voulait tirer la ligne vers le large, là, il fallait faire doucement et lentement, la seiche agrippée au poisson ne lâchait pas sa prise, on la ramenait au bord, et ensuite à l'aide d'un hameçon voleur (un plomb entouré de plusieurs hameçons), on piquait la seiche ; il était préférable de la laisser un moment dans l'eau pour ne pas être taché par son encre noire qu'elle déversait à profusion. En une matinée, une douzaine de seiches était possible. Une bonne école de patience.

Enfin pour en finir, le club était équipé d'un "slip", un engin sur rails verticaux, pour lever les bateaux, ceux-ci étaient levés hors de l'eau, quelques planches posées sur le bas, et les marins grattaient la coque en enlevant tous les coquillages et autres barbes. Tout cela tombait à l'eau en dessous du "slip" inutile de vous dire que ça grouillait de poissons et en particulier de superbes rougets que nous attrapions à l'aide d'une "balance" dans laquelle nous avions disposés le meilleur de cette gratte. Elle n'était pas belle la vie ?



Parlons maintenant du Y.C.A.

Les plus beaux bateaux d'Alger s'y trouvaient, Monsieur Tiné (patron de Coca-Cola) possédait un très beau bateau le Tico-tico 2, juste entre celui de Lavaysse, le concessionnaire, et la vedette de Bielle, le bijoutier, un peu plus loin le voilier ancien de Guiauchain, l'architecte, et un peu plus devant le belouga de Perret architecte aussi, qui rentrait toujours au mouillage du club à la voile sans moteur, un beau spectacle à chaque fois. Le bateau un peu lourdaud de M Millot. Le bateau racé de Cohade. Il y avait encore Messerschmitt, Palmade et j'en oublie.

Mais si vous êtes promené en badaud devant ces voiliers, vous n'avez sûrement pas réalisé que vous aviez devant vous la perle rare. Tout à fait devant les autres, un voilier ancien en bois, un gréement assez court, le "Winibelle", cela ne vous dit rien, mais c'était le voilier de Marin-Marie, navigateur et peintre officiel de la Marine, ami d'Alain Gerbault, c'est sur ce sloop de 11 mètres que ce peintre né en 1901 et très connu, a traversé l'Atlantique en solitaire du 10 mai 1933 au 17 août de cette même année. Ce voilier existe toujours, il est rentré en France, comme tous les autres d'ailleurs, il fait partie du Patrimoine Maritime.

Enfin, il y avait aussi, en milieu de la rade, en avant du Club Nautique, un très grand voilier tout blanc, amarré sur bouées, on disait qu'il appartenait à "Co-co" qui devait tenir une boite de nuit ou quelque chose d'équivalent, ce n'étaient que des "bruits de coursives" et je n'en ai aucune confirmation. Mais si vous regardez les cartes postales anciennes, il y a toujours eu dans ce coin là, un voilier plus gros que les autres.

Le restaurant possédait une grande salle, mais aussi une terrasse non couverte, des tables apprêtées étaient mises surtout le soir. Vers les 19 heures, on attendait dans l'inquiétude le coup de bafagne, cela ne durait pas longtemps, mais suffisamment pour envoyer à la mer quelques assiettes et quelques verres. Branle-bas de combat régulier.

J'espère que vous avez cherché sur Google, les exploits de mon vice-amiral Sir Georges Tyron... Ah, c'est en Anglais ! Et alors ? À quoi ça sert les études ? Bonne journée. Guy.

Photos du panoramique, et aussi celle plus bas : merci à Guy Simon Laborde



René Rando (Alger/Limoges)
16/07/2008 11:29

Salut Guy, je viens de lire ton article plus bas ! Bravo mais... une erreur ! Rendons à "Agostini" ce qui n'est pas à "Bielle". En effet le bijoutier propriétaire de la belle vedette était Monsieur Agostini, propriétaire de la bijouterie de la rue Michelet (presqu'au niveau du cinéma ABC, mais sur le trottoir d'en face. J'ai bien connu cette vedette qui venait quelquefois au port de la Madrague.



René Rando (Alger/Limoges)
16/07/2008 11:54

... finalement et après réflexion, c'était peut être bien la vedette "Bielle". J'ai un doute et je fais appel à Danielle Richier et son mari pour m'aider, car ils ont sûrement vu la vedette à la Madrague.



Guy SIMON-LABORDE (1937 - Alger - La Ciotat)
16/07/2008 14:39

"Bonjour Guy, Tous mes compliments pour cette belle page d'histoire de la jetée Nord où j'ai eu grâce à toi et tes parents la chance de partager ces moments inoubliables. A cette époque nous devions avoir dans les 13 ou 14 ans et nous n'estimions pas le bonheur de pouvoir pratiquer ces pêches simples, sans moyens, sophistiqués, mais combien excitantes pour de jeunes ados. Et oui qu'elle était belle la vie.

Tu as décrit ces moments avec la précision digne d'un Jeanjean, encore bravo. Il y avait également la pêche aux orphies, ces poissons à l'arête verdâtre qui, dès qu'ils étaient pris, faisaient des zigzags sortaient hors de l'eau, c'était le spectacle. On les prenait un peu comme les seiches avec un fil sans plomb un simple hameçon où l'on accrochait un morceau de sardine; il suffisait de faire tournoyer cet équipage au dessus de nos têtes pour balancer l'appât à un vingtaine de mètres du bord du quai, les moulinets c'était pour les adultes et notre pire ennemi était le vent car bien sûr nous ramenions la ligne à la main sur le quai et attention les embrouilles.

Et les "scouldjins" (escargot de mer, mets apprécié des daurades) que l'on capturait grâce à une balance sommaire faite d'une toile de jute sur laquelle on attachait des tripes de poulet ? Pour les tripes de poulet pas de souci le restaurant du Yacht Club fournissait abondamment, car bien entendu à l'époque les poulets étaient livrés "non vidés".

Voilà, tu vois les souvenirs me reviennent comme si c'était hier, c'est dire qu'ils m'ont marqué. Passez une bonne journée et souhaits de succès pour l'expo de Renée à Bandol. Bien amicalement, Alain."


Je n'ai pas pu m'empêcher de joindre ce message à votre appréciation, Alain Labbé est un ami de petite enfance, avec qui nous avons réalisé plein de choses, comme j'étais fils unique, c'était un peu mon frère, et nous nous sommes retrouvés il y a peu.

Pour les daurades pêchées à la ligne au coup, je pense quand même que les meilleurs appâts étaient l'escargot Bernard l'Ermite sans sa coquille, infaillible. La moule ou l'huître aussi très bien.

Pour revenir à cette jetée Nord, plus loin, il y avait les bains sportifs et la Police, le maître nageur était une figure des lieux, il s'appelait "Siki" un noir clair, 1m70, pas maigre du tout, un caractère toujours aimable et enjoué, le matin, il passait au club, et le rituel, une bonne tranche de pain frais et deux piments rouges. Il dégustait cela comme vous vous mangeriez du chocolat, et sans une seule goutte de sueur, essayez et vous m'en direz des nouvelles !


Guy SIMON-LABORDE (1937 - Alger - La Ciotat)
16/07/2008 14:44

Le YCA ne possédait pas que des grands yachts, il y avait aussi des Stars (longueur : 6.89m, un lest de 0.400t et 28.85m2 de voilure), voiliers de compétition internationale, et nous avions un champion monsieur Lorion, plusieurs fois champion de France de cette catégorie. Les STARS vous avez dû les voir évoluer dans le port, un quillard olympique, capable de remonter à 32 degrés du vent avec une grande voile et une étoile sur la voile.

Un voilier tellement intéressant qu'un jour en 1959 il a été décidé d'en construire un en multipliant toutes les données par trois au nom d'Attila. Il a gagné quelques courses de renom et il a servi au tournage de quelques scènes de "La demoiselle d'Avignon" et fait les gros titres de la presse locale en 75 lorsqu'il est frappé par la foudre dans le port de Saint Trop, sans trop de dommage heureusement.

Enfin dernière nouvelle, je viens de recevoir un mail que je vous communique :
"Si le bateau blanc auquel vous faites allusion était un ketch de 16m50, tout en acajou et cuivre, il s'agissait de l'York."

Peut être à suivre. Guy

`

Anne-Marie Chéchan (Rue Michelet - Paris)
16/07/2008 16:02

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt le message de Guy Simon-Laborde concernant le Yacht Club d'Alger, et cela m'a rappelé de grands souvenirs.

Mon ex-mari et moi possédions un petit cotre norvégien gréé en sloop marconi, qui s'appelait "Le Courlis" et dès 1958 était basé au YCA, tout à côté du superbe bateau de Louis Lavaysse, l'Actéon. A bord de notre petite coque de noix, au cours de l'été 59, nous avions rejoint les Baléares, en infraction avec les règles des Affaires Maritimes, mais il faut dire que nous étions jeunes, inconscients, et que tout de même mon ex-mari avait fait son service militaire dans la marine. Ses parents ayant une maison de vacances à Jean-Bart, il avait l'habitude d'affronter, sur un canot ou un canoé, les humeurs ô combien changeantes de notre belle bleue ! Heureusement, car le retour vers Alger sous une tempête d'équinoxe, avait été épique, 72 heures dont la moitié à la cape, avec pour tout équipement un poste de radio à transistors qui nous permettait quand même de faire un point plus ou moins approximatif en nous calant sur les radiophares du cap Bon et du cap Caxine. Quelle équipée !.. et pendant ce temps là nos familles affolées et dans l'angoisse se préparaient au pire.

Cette parenthèse refermée, tous les beaux et grands bateaux dont parle Guy, je les revois comme si j'y étais. Que sont ils devenus, je l'ignore, mais je peux dire que mon frère et moi avons un jour eu la tristesse de découvrir dans le port de Ouistreham, sur la côte normande, l'Actéon démâté, en piteux état, pratiquement une épave. Louis Lavaysse était un camarade de classe de mon père, et à ce titre nous avions plusieurs fois eu l'occasion de monter à bord, le bateau était merveilleusement entretenu par un marin (aujourd'hui on dirait un skipper) nommé Paco, qui, plus tout jeune, grimpait en haut du gréément. Le pauvre Actéon lui aussi a été victime de l'exode, comme sans doute beaucoup de nos belles unités du YCA... qui aujourd'hui pourraient honorablement figurer parmi les anciens voiliers à Brest et à Rouen. Voila ma petite contribution à la mémoire du Yacht Club d'Alger, et je voudrais dire à Guy Simon-Laborde que je garde un souvenir ému des délicieux plats de rougets, dorades et autres dentis dégustés au restaurant du Club !



Jacques Abbonato (41) (Rennes)
17/07/2008 09:39

Juste une petite correction : le coquillage dont il est question est le bulot (cf. ici la description de la bestiole : http://www.capitainedepeche.com/Bulot.htm), mais ce que je voulais seulement faire remarquer, c'était qu'on l'appelait "scoungil" (voir le dico dans l'annuaire). La mémoire joue souvent des tours... Quant à la vedette dont il est question, je me demande s'il ne s'agit pas d'un criscaf, un petit bijou tout en acajou, construit par le chantier naval face au Sport Nautique, et auquel j'ai prêté la main pour la motorisation dans les années 56-57... Le moteur était un superbe V8 Ford provenant d'une voiture et adapté espécialement. On y avait aussi installé un pare-brise provenant d'une DS 18...



René Rando (Alger/Limoges)
17/07/2008 11:27

Suite au message de Jacques Abonnato, la vedette en question était une vraie vedette habitable d'environ 15 mètres (à peu prés, si je me souviens bien). En été elle faisait la traversée avec ses propriétaires jusqu'aux Baléares. Cela me rappelle aussi la vedette des gardes côtes : "l'Ombrine" qui contrôlait aussi bien les pêcheurs que les plaisanciers. Mon père mettait ses papiers.. rôle de plaisance... etc dans un fourreau en bambou, pour les protéger de l'humidité sur son palangrier (ici, on appelle ce genre de bateau "un pointu". Bonne journée à tous.



Jacques Abbonato (41) (Rennes)
17/07/2008 18:04

.../...
OK René : le bateau dont j'ai parlé était bien plus petit, dans les 7 mètres mais d'une beauté à couper le souffle : on en voit dans la lagune de Venise.



Jean-Manuel RICHIER (Soustons)
17/07/2008 21:19

Je réponds à René RANDO et Guy SIMON-LABORDE.

Pour le premier, oui c'était bien la vedette des BIELLE, bijoutiers, qu'on voyait souvent à La Madrague, vedette "à l'ancienne" pleine de chromes et d'acajou. C'était un très beau bateau. La fille BIELLE a épousé un de mes camarades de Gautier, José BELAÏCHE, assassiné par les islamistes bien après l'indépendance.

Pour le second, j'ai abondamment fréquenté le YCA, j'ai été notamment l'équipier de Paul POGGI dit "Paolo" lors de régates ski-yachting où nous avons régaté une année (1958 ?) à Cannes avec son bateau "Linda", car j'étais aussi barreur de snipe. J'ai possédé également un Bélouga gréement "Houari" qui avait appartenu aux LAVERNHE et sur lequel j'ai fait de bien belles sorties dans la baie d'Alger.

Le "Nag" qui avait appartenu à Y. LORION, je l'ai retrouvé à ma grande surprise en Corse, où il avait été acquis par le Club Med, et où il servait de base pour le perfectionnement en plongée sous-marine. Cela m'a donné le plaisir de naviguer à nouveau dessus.

Je connais tous les bateaux dont il est question, il y avait même une épave démâtée au bout des mouillages appartenant à un bon copain, Robert VOITURON.

Mais ma fréquentation assidue du YCA (je me baignais derrière le club en pleine mer presque tous les jours à partir du printemps), m'a valu de redoubler ma première année de pharmacie... On ne peut pas tout avoir !



Guy SIMON-LABORDE (1937 - Alger-La Ciotat)
18/07/2008 14:48

Merci à Jean-Manuel pour ces précisions, j'avais oublié Mr Poggi mais il faisait bien partie de mes souvenirs.

J'ai moi-même pratiqué le Star qui appartenait à mon groupe des éclaireurs de France et qui était stationné en face au Club Nautique, il y en avait un autre sur lequel j'ai navigué qui appartenait à mon école de la Marine Marchande en face du YCA, Celui-ci il a coulé dans le port, skippé par deux élèves de la section capitaine au long cours, un jour ou la présence de l'escadre manoeuvrait dans le port, d’après les deux lascars qui sont rentrés à la nage, il est entré dans une vague pour ne jamais en sortir, des recherches ont eu lieu mais nous n'avons jamais retrouvé ce bateau, pourtant sous voile, il devait y avoir de sacrés courants dans ce port.

Pour en finir avec le YCA, je suis retourné la bas en mai 2007, impossible de passer sur la jetée Nord, propriété militaire, le club est délabré à l'abandon et je pense qu'il en est de même pour le Rowing ; les bateaux de plaisance, il n'y en a plus car les Algériens ont autre chose à penser de plus important de nos jours.

Encore un pan de mur qui s'écroule. Guy



Ben, ce Monsieur Debarce, avec son beau "Sherama", il devait être fier comme un bar-tabac,
sûr que le roi c'était pas son cousin !




Antantian ! Des 30 pavillons constituant le fond de cet écran, quatre ne sont pas franchement règlementaires,
même si, comme le "Plus de whisky à bord", ils peuvent s'avérer fort pratiques.
Pareil pour les deux merlans en colère du "Raffraîchissez votre écran", jamais on le répétera assez !