Rue Horace Vernet, n°5
Le Rex
notre très grand petit cinéma
par Gérald Dupeyrot
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Ci-dessus, le Rex en 1975, photographié par Marc Morell (site Internet alger50.com, merci à Marc !). Au n°5 de la rue capitaine Mennani Nourredine, aux temps d'après l'Exode. Il ne s'appelle évidemment plus le Rex, il est devenu une salle de réunion d'une administration ou d'un syndicat de la Willaya d'Alger. Ce qui explique le drapeau. Oui, il fallait grimper la volée d'escaliers derrière la porte métallique roulante... |
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Comme vous le savez, il existe à Paris un cinéma des boulevards qui s'est gratifié du label de GRAND Rex ! Quelle suffisance ! Quelle outrecuidance ! Alors que nous, petits algérois des fifties, savons bien que le seul grand REX qui ait jamais existé fut la salle (paroissiale ?) de notre enfance, au numéro 5 de la rue Horace Vernet ! Un arbre se juge à ses fruits, un emballage à son contenu, et la grandeur d'un cinéma à quoi ? A ses films et à ce qu'il advient plus tard de ses petits spectateurs, non ? Regardez, moi, à cinquante six ans bientôt, les écrans, je suis encore dedans jusqu'au cou ! Question films, on était gâtés. Je me souviens, les jeudi après-midi de toutes les années cinquante (c'est ma mère qui nous y emmenait, mon petit frère et moi), d'avoir vu au Rex, je cite en vrac : les premiers Don Camillo Et c'est pas pour autant qu'ils la ramenaient, les gens du Rex (et d'ailleurs, qui étaient-ils ?). Il va falloir que je dresse une liste des films passés au Rex toutes ces années là (en consultant la collection des Échos d'Alger). On sera surpris de tant d'éclectisme et de véritable amour du 7ème art, la cinéphilie consistant à en aimer toutes les séries, de la A à la Z, en passant par la B, surtout la B, dans ce qu'elles ont de plus... déconcertant. Et pas seulement les sommets du hit-parade, ce qui est à la portée de n'importe quel spectateur capable de lire le nombre d'étoiles dans les magazines, et franchement, quel mérite y a-t-il à cela, je vous le demande ? Discret, humble, qu'il était notre cinéma ! Dans la page des quotidiens du jeudi (si je me souviens bien), Echo d'Alger ou autre, le jour de l'annonce hebdomadaire des films nouveaux, il venait en tout petit, notre Rex, même pas encadré, en tout dernier, après tous les gros pavés avec dessins ou photos que s'offraient les cinémas d'exclusivé proposant leurs films couverts de palmes et d'Oscars : ABC, Cameo (Vendôme) à l'Agha, Colisée, Debussy, Empire, Français, Hollywood, Versailles, Vox (rue Charras), et je ne cite que les salles de notre quartier, il y en avait tellement d'autres ! Vers la fin des années 50 le Rex ne se payait même plus de réclame dans les quotidiens. Ne comptant que sur son Rex-appeal ! Tellement il était célèbre auprès de ses habitués ! Des habitués, familles, scouts, adhérents des Jeunesses Musicales de France, qui apprenaient d'une semaine sur l'autre ce qu'ils verraient huit jours après. Et puis peut-être y avait-il distribution aux spectateurs d'un feuillet ronéotypé ? Avec les films à voir les semaines suivantes ? Je dis ça, mais je n'en ai aucun souvenir... Alors, si comme notre ami Saladin vous êtes doués pour les voyages dans l'espace-temps, si un jeudi après-midi dans votre Machinrama ou Trucpoche préféré vous ne trouvez pas de film à vous mettre sous l'oeil, une seule adresse : le Rex, rue Horace Vernet, Alger. Réglez le chrono pile à la moitié du XXème siècle. Les fauteuils sont recouverts de velours rouge, il y a un balcon. Tout modeste qu'il soit, ses programmes sont aussi copieux qu'ailleurs en ce temps là, avec une première partie lestée jusqu'à la gueule de son dessin animé, d'un documentaire au moins, d'un court-métrage de fiction (Ah, la série des Colonel March, "of Scotland Yard", avec Boris Karloff et son bandeau sur l'oeil !), des actualités et des réclames ("Afric-Films, 13 rue Auber", souvenez-vous, le négrillon habillé en groom !). J'y vais souvent, on s'y rencontrera peut-être... Si le Rex fut pour moi le lieu d'essor de ma cinéphilie, je sais qu'il fut pour d'autres (adhérents des JMF par exemple) la salle où se forma et s'épanouit leur goût de la musique. Vers 1956-57 s'y donnaient "les mercredi de Radio Algérie" (à 18h15), avec l'orchestre symphonique de la dite radio. Rémi Morelli, au début de "Enfant de troupes" (cf menu à gauche), les évoque sur Es'mma ! D'autres nous feront peut-être part de ce que fut LEUR Rex. Assurément l'un des hauts lieux de notre petit royaume. Alors, les autres, avec leur "Grand" Rex... Gérald Dupeyrot juillet 2002
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Ah, quand Fernandel parle au Crucifix et que celui-ci lui répond ! Le frisson ! II faut dire que les deux premiers Don Camillo de 52 et 53, réalisés par Julien Duvivier, avaient bénéficié de la collaboration de René Barjavel pour le scénario. A partir du troisième, ça se gâte, les italiens prennent les commandes. Avant que Don Patillo vingt ans (?) plus tard ne finisse de tout gâcher !
Don Camillo, 1952-53 C'est là que j'ai appris que les équipages de sous-mariniers étaient bègues ou malentendants, il fallait toujours répéter deux fois les mêmes choses, avec des doublons sublimes comme "paré aux torpilles - paré aux torpilles" et "hissez le périscope-hissez le périscope"! En général ça se terminait mal, avec "voie d'eau à l'avant - voie d'eau à... gloub"...). Fernandel, acteur de service au Rex. Ah sa tête quand la main coupée lui tombe dans l'assiette ! Pour les amoureux de ce film (et de Fernandel), un site formidable, http://fernandel.online.fr/, où vous pourrez charger, entre autres, la chanson d'Ali Baba : http://fernandel.online.fr/index2.html
"Ali Baba et les quarante voleurs". Fernandel et Samia Gamal.
À partir du mardi 20 septembre 1955, séances à 15H et 21H; le dimanche à 14H 30 - 17H - 21H (c'est aussi la semaine de la réouverture du Star rénové et de l'annonce de la prochaine inauguration du cinéma Hollywood, à deux pas de là).
Il y avait à Ager, enfin, à El-Biar, un autre cinéma Rex. Comme il y en eu, et comme il y en a encore, des dizaines en France. Le spectateur averti ne se sera pas laissé abuser. |