NOS HÉROS






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   Afin de clore, dans le livre de souvenirs que je destine à ma descendance, le chapitre consacré à mon papa (dont je ne vous livre ici que quelques extraits), j'ai éprouvé le besoin de trouver le plus de renseignements possibles concernant les derniers mois de sa vie en Angleterre, mais aussi et surtout, savoir vraiment ce qui s'était passé ce 7 février 1945, au retour de la mission sur Goch.
   Soutenue dans mes recherches par Françoise Pigeot, Es'mmaïenne d'Orléans, passionnée d'archives, à qui je rends ici un vibrant hommage (car sans elle je ne serais pas arrivée à ce résultat), j'ai appris tout ce que je voulais savoir. Du plus passionnant au plus émouvant, me laissant presque au bord du malaise. En effet, j'ai reçu le rapport officiel des autorités locales, relatant la découverte, au petit matin du 8 février 45, des débris des deux avions tombés le même soir à quelques mètres de distance et à deux minutes d'intervalle. Ce rapport décrivait également en détail l'aspect des  morceaux de la carlingue de l'avion de papa, contenant les corps mutilés de l'équipage, dont un seul membre, le capitaine Stanislas (voir la deuxième partie) avait pu échapper à la mort.  


LE RAPPORT  

   Le 07.02.1945 à 22 h 20 (heure locale hollandaise) s'écrasait à Heusden (commune d’Asten) dans la région "Le Veluwe" (en fait un marais), un Halifax 111 NA 260 LB-G appartenant au Squadron 347 (Tunisie), qui a été abattu par un avion de chasse de nuit du lieutenant Georg Fengler (voir sa photo en deuxième partie), appartenant au 10/NJG1 (10e Nachtjagdgeschwader 1.
   Le pilote du Halifax était l'adjudant–chef J.M.G. Aulens, et le but de cette mission, la ville de Goch en Allemagne. Le bombardier était parti à 18 h 57 (heure anglaise) de la base d'Elvington dans le Yorkshire britannique. L'ensemble de l’équipage (7 membres) faisait partie de l'Armée de l'Air de la France libre.
   2 minutes après le crash du NA 260  LB-G, un deuxième Halifax appartenant également au Squadron 347 a été abattu dans le même périmètre. Quatre membres d'équipage, qui avaient pu sauter en parachute, ont survécu. Il s'agissait du Halifax 111 NA 197 L8-H, basé également à Elvington et abattu dans la soirée de ce même 7 février 1945.
   Ces deux Halifax perdus faisaient partie d'un stream lancé contre Goch et Clèves qui rassemblait plus de 700 appareils dont 292 Halifax, 156 Lancaster et 6 Mosquito pour la seule attaque contre Goch.
   Du Squadron 347 "Tunisie", on n'avait prévu de détacher que deux avions pour le raid sur  Goch. Le malheur a voulu que ce soient les deux qui ont été perdus cette nuit-là.
   Lors de l'attaque sur Goch, seulement une trentaine d'habitants se sont trouvés sous les bombes car, outre les pertes dues à des bombardements précédents et aux ponctions du travail obligatoire en Hollande, la ville avait été désertée par les civils en raison du fait que les Allemands avaient fait de ce point stratégique une véritable forteresse contre l'avance des troupes alliées.  


UN TÉMOIN

   J'ai eu également l'idée de rechercher des témoins (s'il y en avait encore en vie !) habitant à proximité du crash. Sur Internet, Françoise a trouvé Gerard J. (habitant actuellement au Sri Lanka), qui cherchait de son côté des renseignements sur l’origine des avions qui tombèrent près de chez lui, alors qu’il était encore enfant. Voici donc une fidèle restitution de propos de Gerard lors de nos échanges :  
   "Ce que vous dites, semble précisément correspondre. Mais, les faits semblent quelque peu compliqués, vous verrez l'endroit précis sur la carte de Google maps.
   "Tout d'abord, j'aimerais dire qu'en l'espace de deux minutes, au soir du 7 février 1945, sont tombés deux bombardiers en morceaux à une distance d'environ 300 mètres l'un de l'autre. Tous deux avaient des bombes à bord et ont explosé auparavant ou au sol.
   "Les habitants ont pensé qu'il ne s'agissait que d'un seul avion, mais ont vu par la suite qu'il y en avait deux :
   "Halifax III Na 260 (Stanislas... Bordier…) : crash à 22h 20.
   "L'autre (NA197), crash à 22h 22, qui a fait un trou énorme au sol et les deux hommes en tête de l'avion, ont été profondément enfouis dans la terre. D'après ce que l'on dit, ils y seraient toujours.
   "Vous pouvez voir l'endroit exact sur Google Maps : si vous inscrivez dans la fenêtre "Kokeeuwenweg Heusden Gem Asten Nederland……". Vous verrez alors une marque rouge : 100 m à gauche de la marque, il y en a un qui est tombé (trou profond).
   "Vraisemblablement l'autre est tombé précisément au-dessus de l'indication (NA 260).
   "Dans un cercle de plus de 500 m, on a trouvé des morceaux et des fragments.
   "Depuis, ce n'est plus un marais mais une terre cultivable. La route n'est pas non plus au même endroit.
   "Lors de mon prochain voyage, cet été si je me trouve à nouveau aux Pays-Bas, je me rendrai sur place. Nous pouvons donc dès maintenant nous pencher là-dessus et si vous avez d'autres questions, envoyez-les moi par mail.
   "Amitiés de Gerard".  

 
 

   Effectivement Gerard est venu l'été dernier, il s'est rendu sur place avec un détecteur de métaux. Mais la terre ayant été cent fois, mille fois retournée, il est impossible de savoir vraiment si les pièces trouvées sont issues des deux crash.
   Mon devoir maintenant est de témoigner pour ces hommes, ces "Groupes Lourds" comme on les appelle, dont plus de 80% étaient Pieds noirs et dont seulement un sur deux revint à son foyer. La France n'a malheureusement pas attaché à cette épopée l'importance qu'elle méritait. Cependant, un mémorial en Normandie, à GrandCamp Maisy rappelle les combats des Groupes Lourds. Chaque année, quelques-uns des héritiers de ces héros entourent les derniers vétérans lors d'une cérémonie officielle. Voici ci-dessous devant le monument en question, notre ami Philippe Ducastelle, le créateur du site sur les Groupes Lourds, dont le père lui aussi participa à cette épopée.

 
 

DEVOIR DE MÉMOIRE  

   Enfin pour clore je ne veux absolument pas passer sous silence le vibrant hommage rendu par la Grande-Bretagne à ces volontaires. Les Anglais, auprès de qui j'ai toujours trouvé aide appui et assistance lors de mes recherches entreprises dès 1992, ont assisté très nombreux, à l'inauguration cette année, à Londres, par la Reine  d’un mémorial tout à fait remarquable (image du titre principal, dans la première partie) aux hommes du Bomber Command dont faisaient partie les Groupes lourds français (voir en fin de chapitre l'album consacré aux cérémonies présidées par la reine en juin 2012, devant 6500 personnes, dont les vétérans de ces années de gloire et de sang).
   Pour ceux et celles qui seraient intéressés, il se trouve aussi à Mérignac, un Conservatoire de l'Air  et de l'Espace d'Aquitaine, dont une salle est entièrement dédiée aux Groupes Lourds. Par ailleurs, si, lors d’un voyage en Angleterre, le vent vous poussait vers le nord-est et la ville de York, faites une visite à la magnifique cathédrale où un livre a été déposé contenant les noms de tous ces héros. Et juste à quelques km de là, à Elvington précisément sur la base conservée en l'état, un musée a été inauguré à la mémoire des Groupes Lourds. C'est là que nos héros vécurent, vous y trouverez même un Halifax et autres baraquements reconstitués.


 ÉPILOGUE  

   J'ai enfin trouvé apaisement et sérénité par l'écriture de ce chapitre de mon livre, grâce à la solution des questions que je me posais depuis l'enfance.    La boucle est effectivement bouclée comme on a coutume de dire. Il faut savoir qu'après avoir reçu une sépulture provisoire dans le champ où ils étaient tombés, mon père et ses compagnons ont été inhumés au cimetière d'Eindhoven. Puis à la fin de la guerre, les sépultures non réclamées par les familles ont été regroupées à l'ouest du pays, à Kapelle près de Goes (Province de Zélande). Seuls Roger Bordelais et papa sont restés côte à côte. J'ai retrouvé dans mes recherches tous les enfants orphelins de cet équipage. Le hasard a voulu que je n'aie retrouvé aucune trace de la famille de Roger. Il était célibataire et allait se marier, un mois jour pour jour après le crash, avec une charmante Anglaise.  

   
 

   Je suis allée à Kapelle (ci-dessus) en 1980, en compagnie de ma grand-mère. Et je ne désespère pas d'avoir le temps encore pour y emmener ma petite famille.

      Alors tu vois mon cher Papa, à part "ça" … tout va bien !  

Geneviève BORDIER      

 



 
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