Je pense qu'il me revient de rendre cet hommage à notre prof de dessin, non pas parce que je fus un de ses brillants élèves - les courbes des potiches ou d'autres objets placés devant nos yeux inspiraient peu mes doigts malhabiles - mais, plus sentimentalement, parce que nous partagions ces origines bretonnes, à la fois terriennes et maritimes, dont nous étions fiers.
Il reste, j'en suis sûr, dans la mémoire de centaines d'entre nous à sa juste place d'enseignant presque copain, mais toujours respecté.
Jacques Burel est né en 1922 à Oissel (76) de parents landivisiens (Landivisiau est un gros bourg à une trentaine de kilomètres de Brest, connu aujourd'hui pour sa base aéronavale).
Il est instituteur intérimaire de 41 à 43. Réfractaire au S.T.O., il se cache en Bretagne en 43/44. Il va à Paris préparer le professorat de dessin. Il est admis en 47 à l'enseignement en lycées et collèges.
Il arrive à Alger en 49, où il nous supporte, dans notre cher lycée Gautier, jusqu'en 61. Pendant cette période algérienne, il expose régulièrement ses toiles.
De 62 à 87 il enseigne au lycée Turgot à Paris.
En 1984, il publie un premier ouvrage "Ouessant, vie et tradition d'une île bretonne".
En 1995, il publie le second ouvrage "De ronce et de froment".
Pour voir de plus près cette superbe image, cliquer !
Il continue à peindre jusqu'à sa mort, en 2000, malgré la maladie qui l'accable.
Tout au long de sa vie, Jacques Burel n'a eu de cesse de coucher sur le papier des paysages et des attitudes aujourd'hui disparus. Son oeuvre picturale se divise en deux grandes périodes : avant 1975, quand il produit des oeuvres de factures figuratives, et après 1975, quand sa peinture s'oriente peu à peu vers l'abstraction.
En juillet 2002, selon sa volonté, son fond d'atelier abstrait est vendu aux enchères au profit de la lutte contre la mucoviscidose à l'Hôtel des Ventes de Morlaix.
J'ai rencontré des personnes qui l'ont bien connu dans ces dernières années. Il a laissé le souvenir d'un personnage peu commun, artiste et poète, et d'un homme terriblement attaché aux "vivants de notre mémoire collective", aux "accordailles entre l'homme et sa terre", et bien sûr à tout ce qui est l'enracinement breton.
Chers amis d'Es'mma, je sais que vous comprenez ce langage. Ce passé, tellement présent en nous !
Alors, M'sieur Burel, si on se revoit quelque part, on parlera de Gautier bien sûr, et de notre belle Bretagne et, je vous promets, je ferai beaucoup d'efforts pour mieux reproduire ces belles courbes de la potiche avec ses ombres et tout...
Georges Busson, élève très très moyen en dessin de 54 à 61, au lycée Émile Félix Gautier, Alger.
Article paru le mardi 6 janvier 1959.
Merci à Remi Morelli de nous l'avoir trouvé !
Pour lire le texte cliquer sur l'image.
Bonne lecture !