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Au début de la rampe Chasseriau, l'immeuble dont le célèbre café Antomarchi occupait l'angle,
juste avant la passerelle sur la voie ferrée.


Chez Anto, Margot, Coco and Co...

   Après un petit tour de la planète Ping-Pong, le guide vous offre un pot au café de l'arrière-port, au café Antomarchi, "chez Anto".

    Tous devant la quincaillerie Bernabé, boulevard Baudin, nous traversons pour aller à la rampe Chassériau, au bout à droite l'E.S.C.A., et sur le trottoir de gauche juste avant l'escalier qui mène au port, au RUA et au môle (soupir), LE café. Grande porte vitrée ouvrant sur le bar qui occupe toute la largeur de la salle ; au bout, une porte donnant au sous sol, fief du P.P.C.A, le club phare du ping-pong à Alger, et une autre porte pour accéder aux appartements des Antomarchi.

   Famille corse et P.N. à la 3e génération : Henri, le frère aîné, marié et père de Marie-Jeanne, est le chef de la tribu, grande gueule, mais coeur d'or (combien de fois a-t-il oublié de nous présenter l'ardoise ?) trônait au bar, surtout le matin de bonne heure et quelquefois le soir vers 18 h.

   Toute la journée, était présente Margot, la seule fille de la famille, Margot-"la-Jeunesse", qui nous appelait ainsi avec une vraie tendresse.

   Et enfin Jean, petit dernier un peu lunaire, un peu fantasque, mon ami, mon équipier favori, excellent joueur de tennis de table... sans oublier la "Reine mère", Mme Antomarchi, qui venait dans l'après-midi surveiller son petit monde et nous dispenser ses conseils avisés sur notre conduite présente et à venir.


Le canif-réclame (recto-verso)
au nom du fondateur Toussaint Antomarchi (Coll. P. Th.)

Monsieur Coco

   Mais il manque un personnage important qui tient une grande place dans la famille Anto et pour nous les fidèles. C'est là bas, au fond dans la salle, sur son perchoir bien installé à côté de la fenêtre donnant sur le port, Monsieur Coco, l'original, l'incroyable perroquet âgé d'une vingtaine d'années. Amateur fanatique de graines de tournesol et de cacahuètes qu'il offrait de temps en temps à l'ami du moment. Il fallait déguster le cadeau en grattant Coco sur la tête sinon on avait droit à toute la liste des jurons et insultes de son riche répertoire. Comme il avait une position stratégique sur la salle, il appréciait aussi bien la belote que le baby-foot sur lequel nous engagions des parties épiques et des tournois aussi amicaux que bruyants.

   Tout de suite en entrant, sur la droite, le "zembreck", la chose, le tchic-tchic, la machine, le truc, "Ali Baba et les 40 voleurs" qui nous a détourné du ping-pong pendant quelque temps. Nous pouvions jouer des heures en ne mettant qu'une pièce, à la grande colère d'Henri et au fou-rire de Margot, surtout quand il y avait les deux champions Alain Duquenoy et Péhaut.

   Au centre un petit billard que l'on disait japonais ! Il fallait mettre les boules dans des trous à l'aide de petits piquets entourés d'une bande caoutchouteuse pour renvoyer la boule.


Les tentations du pongiste : le flipper Ali-Baba, l'une des stars de Gottlieb,
et le billard-golf, dit "japonais", qui fit fureur à Alger dans les "fifties".

   Une seule règle, impérative : ne jamais jouer à l'argent. Le poker était interdit de séjour. Régnaient la belote, la canasta, le bridge et la ronda, que tapaient les "gens du port". Heureusement que ces derniers, le matin jusqu'à 9 h, à midi et le soir vers 18 h, alimentaient le tiroir-caisse ! Parce que si nous, les jeunes, donnions l'ambiance et la bonne humeur, du côté flouss c'était plutôt ouallou de chez macache.

Renommée sportive

   Par contre, c'était grâce au sous -sol que le café devait son originalité et sa notoriété depuis 1948, année de création du club de tennis de table : le P.P.C.A.

   Ce qui n'était qu'un loisir pour les clients et quelques jeunes de la rue Michelet passant par la rampe pour aller au môle ou au RUA, allait rassembler très vite autour de Jean Anto de jeunes joueurs doués, entraînés et formés pour la compétition. Les résultats ne se sont pas fait attendre : tournois, championnats avec les locaux Théolier, Ayache, Périllier. Plus tard, avec l'arrivée de joueurs de la Métropole, dont Courtois, le P.P.CA. a brillé encore plus, jusqu'au titre de champion d'Algérie en équipe.

   Mais malgré ces succès flatteurs qui auraient pu "donner la grosse tête", l'ambiance, la camaraderie, la bonne humeur ont toujours été au rendez-vous des fidèles du café Antomarchi.

Pierre Théolier

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"Mélodie en sous-sol" chez Anto. Aux instruments : Reglain (service) et Théolier (à dr.).
À la baguette : Georges Bonnet (Doc. Pierre Théolier).